LIGER club de ROANNE, Loire

HISTORIQUE DE LA SOUS-PREFECTURE DE ROANNE

 

Journées Européennes du Patrimoine

Contribution de Jean Paul NOMADE

 

17 et 18 septembre 2011

Sous-Préfecture de ROANNE

 

 

 

1) « Voyager »


Ces journées du patrimoine correspondent parfaitement à l’histoire de la sous-préfecture de Roanne qui, par  son histoire, a vu son patrimoine « voyager » trois fois et a accueilli de nombreux voyageurs et personnalités. Roanne, (Rodumna, première implantation romaine) située au débouché des gorges du fleuve Loire qui devient vraiment navigable et de la route de Paris à Lyon pour Rome y doit son développement. Ce n’est donc pas un hasard si le premier propriétaire et initiateur de la construction de l’actuelle sous-préfecture, Jacques de Flesselles, choisit la construction, en 1767, de son hôtel particulier à Roanne, carrefour stratégique et lieu de passage historique. Pendant des siècles, Roanne verra passer et s’arrêter des personnages illustres ou inconnus : rois, empereur, princesses, ministres, pape, évêques, grands seigneurs, diplomates, écrivains, forçats, des régiments Français mais aussi des troupes étrangères lors des occupations de 1814 et 1940. La Voie Aurélia, la Route Royale, la Route impériale N°8, la R.N.7, la « Route Bleue » chantée par Charles Trenet, a conduit des millions de Français sur la Côte d’Azur au moment des congés payés instaurés  par le Front Populaire en 1936.

Carrefour économique et commercial, Roanne connaîtra des périodes d‘essor mais aussi de déclin au gré de l’histoire de notre pays. En 1960, la construction de l’autoroute A6, puis de l’ A71 en 1980 et puis de l’A 89 en 2000,  « L’Autoroute des Présidents » qui s’arrête actuellement à Balbigny redonnera par son prolongement en cours le désenclavement de notre région Roannaise. Il est en de même avec le chemin de fer. Si la première ligne de chemin de fer construite en France relie Saint-Etienne à Andrézieux-Bouthéon pour le transport du charbon jusqu’à la Loire, la ligne Lyon-Roanne, Saint-Germain-des-Fossés pour Paris , mais aussi un nombre considérable de petites lignes, de « tacots » connaîtront des heures de gloire avant que la construction de la ligne T.G.V Paris-Lyon puis celle de Marseille ne viennent mettre un terme au rôle de carrefour de notre ville avec les conséquences industrielles et économiques qui en découlent.

 

 

2) Le constructeur de l’Hôtel: Jacques de Flesselles

(11 novembre 1730 -14 juillet 1789).

 

Né à Paris, il est issu d’une famille noble. Conseiller au parlement de Paris le 25 janvier 1752,  puis maître des requêtes le 30 janvier 1755, Il devient intendant de la généralité de Lyon le 11 novembre 1767. Il se montre un administrateur zélé favorable à un certain libéralisme de l’économie notamment du commerce par l’installation de manufactures. C’est pendant cette période qu’il fait construire à Roanne un hôtel particulier dont il confie la construction à l’architecte Morand. L’emplacement de cet hôtel, en dehors de la ville, dans un pré où se tenait le marché des filasses de chanvre (les bourrasses) permet de l’accueillir pour ses déplacements vers Paris. L’hôtel est construit et peut l’héberger en 1770. Le 21 avril 1789, il succède à Louis Le Peletier comme prévôt des marchands de Paris (équivalent de maire) alors que la Révolution est en marche. Le 13 juillet 1789, une première assemblée se réunit. De Flesselles est élu président.

 

Jacques de Flessell

 

La tension monte, il accepte la création d’une garde à qui il promet 12 000 fusils. Les armes n’arrivent pas, alors qu’en même temps, il est accusé d’avoir caché cinq mille livres de poudre dans un bateau du port Saint-Nicolas. Le 14 juillet 1789, le « peuple » se lance à l’assaut de la Bastille, un délégué du comité insurrectionnel se rend à l’Hôtel de Ville pour demander les armes promises. Il y trouve une note très compromettante du prévôt des marchands adressée à M. de Launay, gouverneur de la Bastille : « J’amuse les Parisiens avec des cocardes et des promesses ; tenez bon jusqu’au soir et vous aurez du renfort ». Il est arrêté et traverse la place de Grève. Dans un coin du quai, un jeune révolutionnaire s’approche et tire un coup de pistolet en criant : « Traître, tu n’iras pas plus loin ». On le décapite et sa tête est placée au bout d’une pique. A 17 h, la Bastille est tombée. Le marquis de Launay, gouverneur de la prison, est décapité. Leurs têtes sont promenées dans les rues de la capitale.

 

 Mort de M de Flesselles prévot des marchand de Paris

 

 

3) L'Architecte: Jean-Antoine Morand (1727-1794).

 

A 17 ans il est à Lyon où il étudie la décoration avec son premier maître, Etienne Montagnon. En 1748, dans son propre atelier il se spécialise dans la décoration intérieure en architectures éphémères et en peintures trompe-l’œil. L’architecte Soufflot lui demande de réaliser les décors et machines du nouveau théâtre de Lyon. En 1757, Morand et Soufflot développent le quartier Saint-Clair gagné sur une île du Rhône au nord des Terreaux. Il présente en 1766 son « Projet d’un plan général de la ville de Lyon » qui s’oppose au projet de l’architecte Perrache au confluent. Morand propose la construction d’un pont reliant les Terreaux et les Brotteaux. Il obtient l’accord en 1771 et construit alors un pont en bois achevé en 1775 (l’actuel pont Morand est le troisième). Il réalise également un projet pour l’alimentation des fontaines du château de Versailles. En 1794. Lyon tombe aux mains de la Convention…la répression est terrible. Le comportement « ambigüe » de Morand est jugé par la commission révolutionnaire. Il est décapité le 24 juillet 1794.

 

Jean-Antoine de Morand

 

Parmi les rares constructions de Morand (ci-dessus), architecte, demeure l’Hôtel de Jacques de Flesselles, actuelle sous-préfecture. C‘est en 1773, que Jérôme Goyet de Livron, receveur des tailles à Roanne, propriétaire du château de Taron rachète l’Hôtel.



4) Le 1er Sous-préfet de Roanne:

Claude-Marie Hue de la Blancheau au couvent des Capucins.


Né à Roanne le 16 février 1750 dans une famille noble qui possède des propriétés dans le Roannais et en Beaujolais. Ancien camarade de Bonaparte à Auxonne. Lieutenant d’artillerie en 1766, il quitte l’armée pour se consacrer à la gestion de ses terres. Il siège à l’assemblée de la noblesse du Forez en 1789. Administrateur du district de Roanne et maire de Vivans de 1790 à 1792. Pendant la Terreur, il est incarcéré à la prison des Ursulines. Administrateur du département d’avril à octobre 1795, il devient le premier sous-préfet de Roanne en 1800 après la création du corps préfectoral le 17 février 1800. Il décède à Roanne le 17 décembre 1816.

 

 Couvent des Capucins

 


5) Le Pape Pie VII passe dans le Roannais

en novembre 1804 et août 1805.


Napoléon 1er a conçu le projet de se faire sacrer à Paris par le Pape. Sa Sainteté accepte. Son voyage est un succès, les foules l’accueillent. Le cortège gravit la montagne de Tarare. Le carrosse du pape est tiré par six chevaux, trois postillons en grande tenue conduisent l’attelage; la suite de sa Sainteté  est nombreuse et nécessite une trentaine de voitures, des ecclésiastiques mais aussi des nobles, des gardes, des secrétaires, des valets. A Roanne, le 25 novembre 1804, Pie VII est accueilli par M. de Contenson, maire. Il dîne et passe la nuit à l’hôtel de Livron… la ville est illuminée en son honneur. Le 2 décembre Pie VII sacre l’Empereur mais c’est Napoléon qui se couronne ! Pie VII ne repassera  à Roanne que le 23 août 1805.

 

Le Pape Pie VII

 

 

6) L’Empereur, sur le chemin de l’exil à l’île d’Elbe,

s’arrête à Roanne le 22 avril 1814.


Napoléon rédige le 6 avril son abdication et signe le traité de Fontainebleau par lequel il devient souverain de l’île d’Elbe .Le Sénat proclame Louis XVIII, roi de France. Le 20 avril à midi, l’Empereur fait ses adieux à sa vieille garde et embrasse « l’Aigle » vaincu. C’est par sa  Route impériale n° 8 que Napoléon part en exil. La « dormeuse » de l’Empereur tirée par six chevaux et treize autres attelages arrivent à Roanne le 22 avril aux alentours de minuit. Napoléon se reposera à l’Hôtel de la Poste tenu par le Sieur Flandre, en bas de la rue Impériale et près du pont (aujourd’hui « Roanne Luminaires »). Une foule immense l’acclame « Vive l’Empereur ! ». ll rencontre Populle et s’entretiennent des événements et de la défense héroïque de Roanne. Napoléon 1er promet la Légion d’honneur à la ville qui lui sera décernée par Napoléon III et remise le 7 mai 1864. Le 22 avril, le cardinal Fesch est à au couvent de Pradines. Il accompagne la mère de l’Empereur , Létizia, Madame Mère compte rejoindre Rome avec le cardinal. Ils souhaitent rencontrer L’Empereur mais cette visite leur est interdite. Seul Dom Jacquemont peut l’approcher et lui parler. Il s’informe de la santé et des projets de ses proches puis déclare : « … Dites-leur qu’en passant sur les hauteurs de Saint-Symphorien…ce sera un regard d’adieu. » Le samedi 23 avril à midi, les quatorze voitures partent de Roanne. Sur les hauteurs de Neaux, au lieu-dit Pirotte, Napoléon fait ses adieux à sa mère. Le surlendemain du passage de l’Empereur, Madame Létizia et le cardinal  partent pour L’Italie.

 



7) La duchesse d’Angoulême, «  l’orpheline du temple »

à Roanne le 5 août 1815.

 

5 août 1815: visite et réception  de la duchesse d’Angoulême, « l’orpheline du temple », Madame Royale, épouse de Louis-Antoine, duc d’Angoulême, fille de louis XVI et de Marie-Antoinette décapités en 1793. Madame, est « véritablement l’emblème de la Restauration, une princesse toute-chrétienne, descendante de Saint Louis , et presque une sainte. » C’est donc dans cet état d’esprit que Roanne et sa municipalité accueillent Son Altesse Royale. Brillante réception au « Palais », Hôtel de Livron ; Populle, maire, tous les conseillers municipaux, les notables rencontrent Madame. Cette visite a été l’occasion pour le maire, son conseil municipal et le sous-préfet de remettre à Son Altesse deux mémoires importants concernant « la marine Roannaise » et son pont.

 

Duchesse d’Angoulême , Duc d’Angoulême

 


Les déménagements de la sous-préfecture

 


Hôtel du comte Dubourg


1824-1850 : gendarmerie en septembre 1794, l’ancien Hôtel du comte Dubourg de Saint-Polgues, rue de Cadore, acheté par le département en 1824, devient sous-préfecture. La ville de Roanne devient propriétaire, le 3 janvier 1850 de l’Hôtel de Livron, acheté en 1773 par Jérôme de Livron et en 1824 par François Devillaine.

 

La sous-préfecture et la poste en 1861


 Le 4 janvier 1851, la sous-préfecture s’installe à l’Hôtel de Jacques de Flesselles, de Livron, Devillaine. En 1861 la Poste s’installe dans le bâtiment visible à gauche.



8) Le « Prince-Président » à Roanne

le 17 septembre 1852.


Le 20 décembre 1848, Louis- Napoléon Bonaparte devient officiellement Président de la Seconde République. Le 12 juillet 1852, sur une invitation du sous-préfet de Roanne, M. Cezan, le conseil municipal appelle «  de tous se vœux la présence du Prince-Président à Roanne » Le 17 septembre 1852, à seize heures, la voiture présidentielle est annoncée. Louis- Napoléon accompagné de Jean-Gilbert-Victor Fialin passe à Saint- Germain-Lespinasse, patrie du duc de Persigny qui est devenu son ministre de l’Intérieur ! le carrosse est précédé et suivi par des gendarmes à cheval, en tête le colonel du 4e léger et sa musique, la compagnie de pompiers et une garde d’honneur commandée par le futur maire de la ville, Jules-Clément Clerjon de Champagny. La garde d’honneur arbore des branches d’hortensias en souvenir de la reine Hortense et leur bannière en soie porte, en lettres dorées, l’inscription « Vive l’Empereur ». Le Prince-Président passe sous un arc de triomphe peint par Zacchéo et portant une autre inscription : « le 17 septembre, la ville de Roanne se donne à Louis Napoléon » ! Les cloches de l’église sonnent à toutes volées, les drapeaux tricolores flottent au vent. Le maire de Roanne, Jean-Louis Audra-Fauvel et son conseil accueillent Louis-Napoléon. Un foule innombrable est là estimée par le Nouvel Echo de la Loire à « trente mille personnes » et crie « Vive Louis-Napoléon, Vive l’Empereur ». Sur le parvis de l’église Saint-Etienne, il est accueilli par le curé Dubost et «  plus de cent prêtres ». Sous une pluie de fleurs, Louis-Napoléon arrive à l’Hôtel de Livron. Au-dessus de l’entrée principale, le sous- préfet qui anticipe l’avenir, a fait placer une inscription de bienvenue: «  A son Altesse impériale, hospitalité Roannaise ». Après s’être installé dans ses appartements, réparés et meublés, le Prince-Président rencontre les autorités, visite l’hôpital et la Providence au Coteau. Louis-Napoléon « offre » un dîner à la sous-préfecture suivi d’un bal dans l’orangerie qu’il ouvre par un quadrille. Puis «  en habit de ville et chapeau rond » accompagné par quelques personnes de sa suite, il parcourt incognito les rues de la ville Le lendemain, à dix heures, il quitte Roanne en passant sous un premier arc de triomphe portant l’inscription : « A Louis-Napoléon, le cœur de la ville de Roanne » puis sous un deuxième à l’entrée du pont.

 

 

 

Louis- Napoléon Bonaparte. Les Roannais, fidèles de Napoléon 1er,

avaient proclamé Louis Napoléon, Empereur, par anticipation.

 

 

ZOOM sur le patrimoine de la sous-préfecture :

les salons, le mobilier, les tableaux et horloges.


La cour d’honneur avec le cèdre planté en 1816 lors du passage du duc d’Angoulême, les jardins extérieurs

 

 

   

La cour d'honneur avec le cèdre  planté en 1816 lors du passage du duc d'Angoulème

La sous-préfecture en 1907 (jardins intérieurs)  et en 1940 (cour d'honneur)

 

 

 

Le salon bleu, monument historique, avec son superbe plancher - La chambre de Pie VII et de Napoléon III

et ses portes est l’ancien bureau du sous-préfet Claude Erignac.

A remarque également le salon rose, avec le portrait de la comtesse Boula de Mareui. L’ensemble du mobilier d’état est référencé et inventorié: meubles, tableaux, sculptures, horloges, etc.… L’escalier d’honneur, le buste de Napoléon III et la chambre forte du banquier Devillaine (dont on voit encore les barreaux) complètent la collection.

 

 

Quelques dates essentielles dans l’histoire de la sous-préfecture


1632 : Construction du couvent des Capucins, actuelle place de l’Hôtel de Ville.
770 : Fin de la construction à Roanne de l’Hôtel particulier de Jacques de Flessselles  intendant de la généralité de Lyon de 1768 à 1789.
1773 : L’Hôtel de Jacques de Flesselles est racheté par Jérôme Goyet de Livron, receveur des tailles.
1800 à 1824 : La première sous-préfecture et la mairie s’installent dans l’ancien couvent des Capucins.
25 novembre 1804 : Le Pape Pie VII, qui part au sacre de l’Empereur, passe la nuit à l’L’Hôtel de Livron.
22 avril 1814, à minuit : L’Empereur sur le chemin de l’exil pour l’île d’Elbe, s’arrête à Roanne.
5 août 1815 : Visite de la duchesse d’Angoulême «  L’orpheline du Temple ».
10 juin 1816 : Marie Caroline Ferdinande Louise de Bourbon, future duchesse de Berry, est hébergée à l’Hôtel de Livron pour aller épouser Charles Ferdinand d’Artois, duc de Berry.
22 mars 1824 : Jean-François Devillaine, banquier rachète l'Hôtel de Livron, y installe  une banque. Avec des financiers Suisses, ils réalisent le canal de Roanne à Digoin (d'où le nom de Carrefour Helvétique). Il fait faillite en 1850.
10 août 1830-23 mai 1836 : François Populle, ancien maire de Roanne et député est nommé sous-préfet.
1824-1850 : Gendarmerie en septembre 1794, l’ancien Hôtel du comte Dubourg de Saint-Polgues, rue de Cadore, devient sous-préfecture, acheté par le département en 1824, la ville de Roanne en devient propriétaire Le 3 août 1850,après la faillite de la banque Devillaine, la municipalité acquiert l’Hôtel de Livron, pour une somme de 110 000 francs.
Le 24 janvier 1851 : L’hôtel de Livron devient sous-préfecture.
17 septembre 1852, 16 h : Le Prince-Président, futur Napoléon III  en visite à Roanne dort à l’Hôtel de Livron.
1861 : La poste s’installe dans les dépendances de la sous-préfecture.
1910 : Elargissement de la rue Jean Jaurès et raccordement avec la rue Alsace-Lorraine, création du carrefour  helvétique et du magasin « les Dames de France » détruit par un incendie en 1962 et reconstruit par la suite.
27 février 1926 : Le salon du XVIII è et ses décorations, servant de cabinet au sous préfet est classé monument historique. Claude Erignac sera le dernier sous-préfet a utilisé ce bureau.
1933 : Destruction de la poste qui s’installe rue du Lycée.

 

 

Liste des sous-préfets de Roanne

 

Cliquez sur le visuel pour agrandir la liste

 

 
18 mai 1981 : Inauguration des nouveaux bâtiments administratifs, Claude ERIGNAC étant sous-préfet de Roanne (1981-1984) en présence de Francis Boot, préfet de la Loire et Lucien Neuwirth, président du conseil général de la Loire.
23 juin 1989 : Visite du Président François Mitterrand, Jean Auroux, étant maire de Roanne.
6 février 1998 à 21 h 05 : Assassinat à Ajaccio du préfet de Corse, ancien sous-préfet de Roanne, Claude Erignac.

 

 

Claude Erignac

 

 

Par Jean-Paul Nomade, proviseur honoraire, historien (jeanpaulnomade@yahoo.fr), en collaboration avec Gérard Morel et Agnès Gavignet du cabinet de M. le sous-préfet Joël Mathurin et la complicité de Jérôme et Sébastien Nomade.

 

 

 



07/10/2011
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