LIGER club de ROANNE, Loire

LÉGENDE L’ogre de Villerest. L’Île du Diable.

 

Revisitée et actualisée

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par C'est Nabum

 

 

 

Ajouté le

11 octobre 2017

 


La Bretagne n’a pas l’exclusivité des monstres, des êtres assoiffés de chair humaine et des légendes qui font frémir d’effroi. Chaque territoire recèle sa part d’ombre, ses personnages qu’il convient de ne jamais montrer en exemple. Personne ne songerait du reste à exposer les armoiries de l’abominable Gilles de Rais dans la moindre église. Évoquer le souvenir de l’un d’eux, peut sans doute conjurer le sort et rappeler que le meilleur côtoie le pire dans notre pauvre humanité.

 


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Pour aller jusqu’au bout de ces turpitudes, il est sans doute plus aisé d’avoir titre et pouvoir. Ce qui était vrai à l’époque du récit qui nous concerne, demeure vérité établie. Prenons bien garde de ne pas penser que de telles horreurs relèvent d’un passé révolu et avançons prudemment vers ce récit qui pourrait bien éclairer certains travers de notre société.

Nous sommes dans les gorges de Loire, entre Saint Maurice et Villerest en un lieu magnifique, comme le sont souvent les endroits marqués du sceau de Satan. L’homme que l’on nommait alors l’Ourgon, était châtelain redouté, disposant ainsi de quelques privilèges et d’un droit de péage sur les mariniers qui en ce temps-là, allaient sur la rivière en dépit du redoutable saut du Perron, cet obstacle naturel sur lequel venaient se fracasser tant de bateaux.

Le Diable comme en maints endroits sur cette Terre, avait dressé un pont l’espace d’une nuit. Il réclamait toujours pour prix de son ouvrage une âme et se trouvait grugé la plupart du temps en récupérant un chat, un âne ou bien un pendu. Les hommes sont ainsi faits qu’ils aiment à conjurer leurs craintes en s’inventant des fables. Le pont ne leur suffisait point, il y avait là encore un torrent redoutable, une île mystérieuse tout autant que mal famée et un passeur qui avait tout du Tremener breton.

Le décor est planté, la peur et la mort rôdent en ce territoire maudit, recouvert par les brumes, dangereux à souhait et sous le joug d’un Ourgon, terrifiant seigneur dans un château sombre et inquiétant. La populace attribuait bien des pouvoirs maléfiques à ce triste personnage qui avait à trois reprises tenté de mettre à bas le pont afin de tirer bénéfice d’un passeur qui serait alors devenu incontournable.

C’est justement à propos du passeur que circulaient les plus folles rumeurs. Il avait son bateau non loin d’une taverne où les excès de table et de vins allaient de pair avec des services peu avouables qu’accordaient des femmes, plus créatures que serveuses. Les mariniers, dans la crainte du passage redouté, se laissaient aller aux dérives dont les hommes en bordées sont capables quand ils sont loin de leurs épouses.

Pas étonnant alors que certains, au sortir de cette maison borgne trouvaient le bateau vide et s’y aventuraient, pensant être menés par un batelier invisible. Sur l’autre rive, une créature les attendait, un ogre grand comme un mât de bateau, vêtu du costume traditionnel des mariniers de saint Rambert avec son grand chapeau de feutre, sa culotte de velours, sa vaste « biaude » blanche et sa ceinture rouge. Rassuré, le malheureux, pensant trouver un collègue se laissait mener dans un profond souterrain où il servait alors de repas et d’exutoire au terrible châtelain.

C’est ainsi que régulièrement un marin manquait à l’appel pour l'appareillage le lendemain. La nouvelle ne surprenait personne, la main du diable avait encore pris son acompte. Le seigneur regardait tout ça du haut de son beffroi, loin de toute suspicion. Il aurait pu perpétuer longtemps ainsi ses forfaits s’il n’avait rencontré le Malin, le vrai celui-là, sous les traits du grand inquisiteur, qui lui grilla les arpions pour lui faire rendre gorge.

Le tribunal de Dieu passa par là. Le bras séculier mit fin aux exactions de celui qui se jouait de la superstition des esprits simples. Il alla griller en enfer, finissant sur un bûcher pour le prix de toutes ses abominations. Les mariniers se promirent de ne jamais croire désormais à de telles sornettes tout en jurant crachant qu’ils ne boiraient plus au-delà du raisonnable. Vous savez qu’il est des choses impossibles à tenir, nous ne leur en jetterons pas la pierre.

Quant à cet endroit maudit, il a été englouti par les eaux du barrage qui depuis se dresse là pour effacer les forfaits de l’Ogre. C’est du moins ce que prétendirent ceux qui cherchèrent des arguments pour justifier de noyer ainsi une superbe vallée. Passons une fois encore sur le travers des hommes, prompts à inventer des fables pour nous faire avaler des couleuvres.

Superstitieusement leur.    

 

C'est Nabum

Bonimenteur de Loire

 


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11/10/2017
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